Réponse de Jacques Cheminade

Paris, le 19 mars 2002

Madame la Présidente,
Suite à votre lettre du 8 mars 2002, j'apporte les réponses suivantes à
votre questionnaire :

1) Je pense que c'est toute l'orientation de notre société qui devrait
être corrigée, en vue du respect de la personne humaine. Cependant,
celle-ci étant malheureusement ce qu'elle est, je suis d'accord pour que
soit très rapidement votée une loi anti-sexiste, tout comme d'ailleurs
une loi réprimant les expressions d'homophobie.

2) Des statistiques sexuées sur la violence sont absolument légitimes,
afin de faire ressortir qui outrage et humilie.

3) Je suis convaincu que cette éducation sexuelle est nécessaire, mais à
condition qu'elle soit intégrée dans un enseignement du respect de
l'autre. En philosophie, il s'agit de transmettre une capacité de
connaissance qui n'a rien à voir avec l'apparence physique, mais tout
avec la générosité vis-à-vis du " lointain prochain ".

4) Une terrible hypocrisie domine ce sujet ; je suis tout à fait
d'accord avec votre démarche : il faut supprimer la prostitution et se
donner tous les moyens de faire s'appliquer au moins la loi française
actuelle. En même temps, il faut également se battre au niveau européen,
vis-à-vis de pays comme la Hollande, qui banalisent l'inadmissible.

5) Mille fois oui. Il est inadmissible que le corps humain soit
considéré comme une marchandise et que la publicité représente des
femmes bafouées soumises à la violence sexiste.

6) Oui à toutes vos propositions. Cependant, je crois qu'une politique
honnête d'aide au développement et d'amélioration de la santé publique
pour tous aurait plus d'effet contre la maltraitance ces femmes qu'une
simple application de sanctions économiques. C'est le respect qu'il faut
inspirer, en commençant au moins par consacrer 1 % de notre produit
intérieur brut à l'aide aux pays les moins favorisés.

7) En conclusion, je pense que votre action ne pourra prendre toute sa
dimension positive que dans le cadre d'un nouvel ordre économique
mondial plus juste, réorientant les flux financiers vers le travail, la
production et les investissements humains à long terme (éducation, santé
publique, recherche). Aujourd'hui, la loi de la jungle du profit à court
terme entraîne avec elle un mépris absolu de l'être humain :
travailleurs ou femmes que l'on jette après l'usage comme un kleenex.
C'est cela qu'il faut fondamentalement changer, en faisant de l'argent
un instrument d'amélioration de notre espèce, et non l'alpha et l'oméga
d'une société de consommation devenant de plus en plus une société de
consumation.

Merci, pour changer les choses. Même si les femmes constituaient
beaucoup moins que 53 % du corps électoral, l'injustice serait tout
aussi insupportable et je m'exprimerais de la même façon.

Cheminade 2002