Reponse de Jacques Chirac

1) Parce que nous refusons la violence verbale qui s’exerce impunément dans l’espace public et sur les lieux de travail, parce que nous refusons que les insultes dirigées contre les femmes soient tolérées avec complaisance, nous exigeons une loi anti-sexiste, similaire à la loi de 1972 contre les injures racistes, accompagnées de campagnes de sensibilisation du public et des autorités judiciaires et policières sur les différentes formes de machisme.

Les manifestations sexistes de toutes natures doivent à l’évidence être combattues. Le problème ne réside pas à mon sens dans la mise en place d’un nouvel arsenal législatif, mais dans la prise en compte réelle de la parole des femmes. Trop longtemps, les actes sexistes n’ont pas été reconnus dans leur réalité, lorsqu’ils n’étaient pas carrément niés. Ce climat maintenait les femmes dans un sentiment insupportable de culpabilité, alors que les coupables étaient presque – c’est le comble – valorisés par une attitude aussi intolérable.

Aujourd’hui, les mentalités évoluent, mais il faut accélérer cette évolution : il faut inclure dans le cursus scolaire une sensibilisation au respect des femmes et au refus du sexisme. Il faut mieux former et informer, dans le domaine professionnel, dans les relations avec les services publics, sur la condamnation du machisme sous toutes ses formes.

2) Parce qu’entre la violence verbale et la brutalité physique le chemin est parfois très court, parce qu’il ne suffit plus de s’apitoyer sur le sort des victimes des tueurs de femmes, parce qu’on parle beaucoup de l’insécurité sans jamais affirmer qu’elle menace surtout les femmes et est surtout le fait d’hommes, nous exigeons que soient établies des statistiques sexuées sur la violence, qui déterminent clairement qui agresse qui. Nous exigeons que des campagnes d’information décrivent la réalité de cette violence sexuelle et sexiste.

La montée des violences à l’égard des femmes est très alarmante, et liée à la montée plus générale de l’insécurité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur 100 femmes entre 20 et 59 ans, 17 ont subi des agressions physiques, et 11 des agressions sexuelles. Il faut lutter avec force contre toutes ces pratiques barbares. Or, en l’absence de soutien aux femmes et du durcissement des peines, on laisse se développer ces atteintes intolérables aux droits et à la dignité des femmes. Les droits des victimes doivent donc être renforcés, et la parole des femmes doit être mieux entendue et prise en compte qu’elle ne l’est aujourd’hui. Je souhaite un accompagnement psychologique obligatoire pour les victimes d’actes de violence ; l’instauration d’un service permanent téléphonique d’aides aux victimes pour les informer de leurs droits 24 heures sur 24 ; et une réforme de l’aide juridictionnelle pour donner à toutes les femmes victimes l’accès à un avocat. Il faut aussi lutter contre des pratiques telles que les viols collectifs, en mobilisant l’Education Nationale pour qu’elle sensibilise mieux la jeunesse sur le respect des personnes. Par ailleurs, les violences sont souvent le fait d’un grave dysfonctionnement du lien familial, et il faut donc agir bien en amont pour éviter la reproduction de schémas violents. Enfin, des mesures particulières doivent être prises pour améliorer les conditions d’aide et de prise en charge des femmes en situation d’exclusion, qui s’inscrivent dans un processus cumulatif de difficultés familiales, psychologiques, financières…

Il est certain que les violences faites aux femmes sont, malgré le rôle des associations et la publication de quelques enquêtes, encore trop méconnues. Les statistiques fiables font défaut, alors qu’elles sont pourtant indispensables pour les prévenir et les combattre. J’estime qu’il est indispensable de remédier à cette carence.

3) Parce que nous refusons que l’éducation sexuelle des enfants et des jeunes se fasse aujourd’hui davantage par la pornographie que par l’école, les garçons apprenant à devenir des prédateurs et les filles des objets de mépris. Parce que les conséquences de cet état de fait sont l’ignorance, la frustration et la violence. Nous exigeons qu’une éducation sexuelle réaliste soit intégrée dans les programmes scolaires, non seulement en biologie et en éducation civique, mais aussi en philosophie.

Il est nécessaire de développer l’éducation à la sexualité en direction des jeunes, sous toutes ses dimensions. Il faut aussi porter un effort tout particulier sur les centres d’information à la contraception et à la sexualité, notamment dans les quartiers en difficulté. Cette dimension pédagogique, incluant la connaissance de soi et le respect de l’autre, est fondamentale. Cela passe aussi par la lecture et l’apprentissage des sentiments, pour éviter toute banalisation de la sexualité.

Par ailleurs, l’image de la femme, que ce soit dans les programmes scolaires ou dans les médias, s’accompagne trop fréquemment de stéréotypes dévalorisants. Une réflexion sur la répartition des rôles sociaux dans les programmes éducatifs et dans les filières de formation doit être initiée. Cette approche est indispensable, car je suis convaincu que la place qu’une société donne aux femmes est un des signes les plus élevés de son degré de civilisation.

4) Parce que nous constatons une offensive du système proxénète sous tous les plans ( …), nous affirmons que la prostitution n’a pas à être aménagée mais supprimée quel que soit l’âge et le sexe de la personne qui y est soumise, et nous exigeons que des effectifs révélant une réelle volonté politique de traiter cette question, primordiale pour le statut des femmes dans notre société, soient affectés à l’application de la loi française actuelle.

Le proxénétisme est un esclavage, et il est contraire au principe fondamental de l’indisponibilité du corps humain. La lutte contre ce fléau s’inscrit dans un combat plus général contre le crime organisé, le trafic des êtres humains, la drogue. Nous devons le mener à l’échelle européenne, dans le cadre d’une coopération renforcée à la fois policière et judiciaire, et au plan national par une action résolue sur le démantèlement des réseaux internationaux de prostitution. Il faut aussi combattre par tous les moyens la prostitution enfantine et le tourisme sexuel, véritables formes de domination perverse du Nord sur les pays du Sud.

Parallèlement, les personnes qui veulent se sortir de la prostitution doivent être aidées, soutenues, par divers moyens de réinsertion tant sociale que professionnelle, ainsi q’une éventuelle aide psychologique.

Il faut aussi durcir les sanctions à l’encontre de ceux qui abusent de la détresse des prostitué_s mineur(e)s.

5) Parce que le processus de mondialisation des marchés et de privatisation du monde entraîne non seulement la marchandisation du corps humain, de son image, mais aussi de ses organes et de ses capacités de reproduction, et que cela menace en premier lieu le corps des femmes, nous exigeons du prochain gouvernement qu’il confirme clairement que le corps humain, en partie ou en totalité, ne fait pas partie des produits qui se vendent. Nous exigeons qu’il s’oppose à la mise en place de systèmes qui aggraveraient la marchandisation du corps.

Votre question renvoie à plusieurs réalités : concernant la brevetabilité du génome humain, j’estime qu’elle est contraire à un grand nombre de principes éthiques. Je suis très attaché à ces principes que sont l’indisponibilité et à la non-patrimonialité du corps humain, le libre accès à la connaissance du gène et le respect du génome humain comme patrimoine mondial de l’humanité. En conséquence, la brevetabilité du génome humain n’est pas à mes yeux acceptable.

IL faut aussi lutter activement contre le trafic d’organes et d’ovocytes, en renforçant les dispositifs et les sanctions existants, et en menant une action d’envergure à l’échelle européenne et internationale. Je défends ainsi fortement l’idée de l’adoption d’une convention internationale de bioéthique

.6) Parce que les femmes françaises sont solidaires de toutes les femmes du monde, nous exigeons que les femmes étrangères vivant sur le territoire français soient soumises aux lois de la République et non aux lois de leur pays d’origine. Nous exigeons que soit accordé l’asile politique aux étrangères menacées par un crime d’honneur, une excision, un mariage forcé ou toute autre forme de barbarie sexiste. Nous exigeons que la violence machiste soit reconnue comme une violence politique, nous exigeons des sanctions économiques contre tous les pays où la maltraitance des femmes fait partie des coutumes ou du programme de gouvernement.

Les lois de la République s’imposent à tous, et la France, patrie des Droits de l’Homme, doit combattre toute atteinte à la dignité et à l’intégrité de l’être humain. Concernant le droit d’asile, les lois aujourd’hui en vigueur prennent en considération de nombreux facteurs humains, sociaux, économiques, politiques… qui permettent l’accès au droit d’asile, conformément aux principes qui sont les nôtres, et à nos valeurs. Les violences faites aux femmes (excision, mariage forcé etc…) doivent naturellement être prises en compte. Il faut également veiller à ce que les demandeurs d’asile soient toujours accueillis avec humanité

Par ailleurs, la participation des femmes dans les débats sur leurs droits doit être renforcée, à l’échelle européenne et internationale. Les associations concernées par toutes ces problématiques - éducation, mutilations sexuelles, santé, violences civiles ou militaires, accès aux responsabilités… - doivent être mieux soutenues dans leurs combats.