CHIENNES DE GARDE
Réponses de Martine Aubry
Porte-parole de Lionel Jospin

Dans le domaine de la réduction des inégalités entre hommes et femmes, le gouvernement de Lionel Jospin n’a pas ménagé ses efforts. C’est sur son initiative qu’a été adoptée la loi sur la parité qui impose une juste représentation des femmes dans la vie politique. Là où certains prétendaient que le temps finirait bien par faire son œuvre, il a préféré la méthode législative, seule garante d’une véritable évolution collective de notre société. C’est également sous son gouvernement qu’a été allongé le délai légal de l’IVG, mettant fin à des situations dramatiques et anachroniques. Et bien d’autres réformes, comme les 35 heures par exemple, ont eu pour les femmes des implications propres et particulièrement positives.

1 - Parce que nous refusons la violence verbale qui s'exerce impunément dans l'espace public et sur les lieux de travail, parce que nous refusons que les insultes dirigées contre les femmes soient tolérées avec complaisance, Nous exigeons une loi anti sexiste, similaire à la loi de 1972 contre les injures racistes, accompagnée de campagnes de sensibilisation du public et des autorités judiciaires et policières sur les différentes formes de machisme.

La question est posée depuis plusieurs années. Dans la loi sur la modernisation sociale que le Parlement a adoptée récemment, nous avons nommé et sanctionné le délit de harcèlement moral dans les entreprises. Les faits recensés et portés à notre connaissance, révélaient que bien souvent les victimes de ces pratiques étaient les femmes. Elles seront les premières à bénéficier de cette nouvelle protection. Nous considérons que la loi sur le harcèlement moral dans l’entreprise est un volet important de la loi anti-sexiste que vous évoquez et qu’il convient maintenant de veiller à ce que les salariées en aient connaissance et qu’elles utilisent ce droit nouveau. Le travail engagé par Ségolène Royal contre la pédophilie et pour responsabiliser les chaînes de télévision quant aux images qu’elles diffusent en direction de la jeunesse participe de la même démarche et la dimension anti-sexiste y est essentielle. Pour faire face à la multiplication des faits de violence dont les femmes et les jeunes filles sont victimes, mais aussi parfois, et c’est nouveau, les auteurs, nous ne ferons pas l’économie d’une réflexion sur les violences véhiculées par les images et les jeux. Cette prise de conscience et les réponses qui devront en découler devront faire l’objet d’un large débat. S’il ressort de ce débat que le recours à la loi est nécessaire, nous saurons prendre nos responsabilités et indiquer ce qui nous paraîtra être la voie de l’efficacité. Les campagnes de sensibilisation renforcées, ciblées mais également tournées vers le grand public, sur les différentes formes de ségrégation et de violences infligées aux femmes doivent être, bien entendu, poursuivies et amplifiées. C’est déjà ce qui a été fait en direction des jeunes, par exemple dans les actions contre la violence à l’école.

2 - Parce qu'entre la violence verbale et la brutalité physique le chemin est parfois très court, parce qu'il ne suffit plus de s'apitoyer sur le sort des victimes des tueurs de femmes, parce qu'on parle beaucoup de l'insécurité sans jamais affirmer qu'elle menace surtout les femmes et est surtout le fait d'hommes, Nous exigeons que soient établies des statistiques sexuées sur la violence, qui déterminent clairement qui agresse qui. Nous exigeons que des campagnes d'information décrivent la réalité de cette violence sexuelle et sexiste.

Il est vrai que les violences, verbales et physiques, sont avant tout le fait d’hommes et que les femmes en sont souvent victimes. Pour les mineures, ces chiffres existent déjà, et nous sommes tout à fait d’accord avec votre proposition d’établissement de statistiques sexuées qui nous a également été proposée par le Comité 2002 femmes animé par Michèle Sabban. Un tel éclairage nous apparaît indispensable. Cette responsabilité incombera à l’Observatoire National de la Délinquance dont nous proposeons la création et qui devra fournir une plus juste connaissance des faits, des auteurs et des victimes

.3 - Parce que nous refusons que l'éducation sexuelle des enfants et des jeunes se fasse aujourd'hui davantage par la pornographie que par l'école, les garçons apprenant à devenir des prédateurs et les filles des objets de mépris. Parce que les conséquences de cet état de fait sont l'ignorance, la frustration et la violence, Nous exigeons qu'une éducation sexuelle réaliste soit intégrée dans les programmes scolaires non seulement en biologie et en éducation civique, mais aussi en philosophie.

L’éducation sexuelle des enfants et des jeunes est un sujet trop longtemps délaissé.

Ce thème nécessite une réflexion approfondie, du gouvernement et du monde enseignant naturellement, mais également de l’ensemble de notre société. L’influence de la pornographie a été mise en valeur par de nombreuses études. Elle a malheureusement pris une ampleur non-négligeable, remettant profondément en question les méthodes et les moyens alloués à l’éducation sexuelle réalisée de manière trop institutionnelle et prenant, dans certain cas, la place sensée être remplie par le dialogue familial. Ségolène Royal est d’ailleurs déjà intervenue à plusieurs reprises sur ce sujet.

Il convient prioritairement et parallèlement de redonner une place prépondérante à l’éducation sexuelle à l’école, et ce dès le plus jeune âge, et d’aider par tous les moyens les parents à reprendre en main ce point qui fait partie intégrante de leur rôle éducatif. Que l’amour, le respect de l’autre soient enseignés à travers la philosophie et la littérature comme l’éducation sexuelle l’est en biologie nous paraît une suggestion positive.

4 - Parce que nous constatons une offensive du système proxénète sur tous les plans :
banalisation des images pornographiques par la pub et internet, starisation des hardeuses, articles complaisants sur les consommateurs…
pression pour la réouverture des bordels et l'institutionnalisation de la prostitution, sous le prétexte d'améliorer les conditions dans lesquelles elle s'exerce.
défense de l'idée que la prostitution est un travail comme un autre
.- défense de l'idée que la prostitution est un travail comme un autre,
Nous affirmons que la prostitution n'a pas à être aménagée mais supprimée quel que soit l'âge et le sexe de la personne qui y est soumise, et nous exigeons que des effectifs révélant une réelle volonté politique de traiter cette question, primordiale pour le statut des femmes dans notre société, soient affectés à l'application de la loi française actuelle

.Lutter humainement contre la prostitution repose sur deux principes : les prostituées sont d’abord des victimes et doivent être traitées comme telles par l’ensemble des services de l’Etat des campagnes nationales et régulières de sensibilisation doivent être entreprises et une mise en garde des jeunes doit être assurée dans le cadre de l'enseignement scolaire. Les personnels éducatifs devraient eux-mêmes être informés, notamment pour attirer leur attention sur la prostitution occasionnelle à laquelle certains jeunes en situation de précarité sont exposés.

Il est nécessaire également que les politiques publiques ne restent pas cantonnées à la prostitution de rue et s'intéressent à l'ensemble des formes d'activité de prostitution, y compris les moins visibles (salons de massages, bars à hôtesses). En ce qui concerne l'approche de la police et de la justice, il est indispensable :

- d'augmenter les moyens de l'OCRTEH : il existe en effet un fossé important entre les possibilités offertes à la lutte contre le proxénétisme par notre droit et les capacités opérationnelles de mise en oeuvre ;

-de faire de la lutte contre le proxénétisme une priorité de la police : les textes et les équipes sont performants, mais trop souvent encore le combat est considéré comme secondaire par rapport à d'autres ;

-de renforcer la politique de coopération afin de parvenir à une collaboration dynamique entre les différents pays, de mobiliser les maires des capitales et grandes villes européennes qui sont tous confrontés aux mêmes problèmes, de favoriser les échanges d'informations quant aux expériences menées, de faciliter l'accueil, d'un pays à l'autre, des victimes des réseaux afin qu'elles puissent entamer leur " reconstruction " à l'abri des représailles.

En ce qui concerne la prévention et la réinsertion, nous considérons qu’ il faut d'abord agir au niveau des politiques générales : la prévention de la prostitution passe par l'amélioration de la situation de droit et de fait des femmes et l'égalité des chances entre hommes et femmes ;
L’accent doit aussi être mis sur l'information : la prostitution prospère sur un fond général d'ignorance et d'indifférence. Il faut travailler sur le long terme au changement des mentalités.

5 - Parce que le processus de mondialisation des marchés et de privatisation du monde entraine non seulement la marchandisation du corps humain, de son image, mais aussi de ses organes et de ses capacités de reproduction, et que cela menace en premier lieu le corps des femmes,
Nous exigeons du prochain gouvernement qu'il confirme clairement que le corps humain, en partie ou en totalité, ne fait pas partie des produits qui se vendent. Nous exigeons qu'il s'oppose à la mise en place de systèmes qui aggraveraient la marchandisation du corps.

Le corps humain n’est pas une marchandise. Son utilisation " commerciale " est interdite et doit le rester. C’est ce principe qui doit prévaloir pour aborder les interrogations nouvelles ouvertes par le progrès scientifique

6 - Parce que les femmes françaises sont solidaires de toutes les femmes du monde, parce que partout dans le monde des femmes sont victimes de la violence masculine, Nous exigeons que les femmes étrangères vivant sur le territoire français soient soumises aux lois de la république et non aux lois de leur pays d'origine, Nous exigeons que soit accordé l'asile politique aux étrangères menacées par un crime d'honneur, une excision, un mariage forcé ou toute autre forme de barbarie sexiste. Nous exigeons que la violence machiste soit reconnue comme une violence politique, nous exigeons des sanctions économiques contre tous les pays où la maltraitance des femmes fait partie des coutumes ou du programme de gouvernement.

La France jouit encore de son image de patrie des Droits de l’Homme et il est de la responsabilité du chef de l’Etat de conforter cette image et de la traduire par des actes.

L’asile politique qui permet tous les ans à de nombreuses personnes de bénéficier de la protection de notre pays et de nos institutions doit être repensé dans le sens d’un élargissement aux violences et menaces relevant de la condition féminine.

La route est encore longue vers cette société apaisée où les femmes et les hommes vivront en parfaite égalité. Nous souhaitons avec votre aide, vos idées mais également vos critiques, pouvoir la construire ensemble.