communiqué de presse

La vraie liberté c’est d’être respectée comme être humain !
Avatars 2004 des mesures prévues contre les propos sexistes et homophobes

par le bureau des chiennes de garde

 

 


En mai, le gouvernement annonce à grand bruit un projet de loi « visant à lutter contre les propos à caractère sexiste et homophobe ». Vu le titre, on salivait d’avance. Et on déchanta aussitôt. La pétition parue dans Le Monde et sur notre site, et le groupe d’associations féministes et l’inter-LGBT, avec lesquelles nous avons travaillé sur cette question, ont dénoncé fermement ce projet qui réservait au sexisme un traitement minimum, dans un texte plus vaste contre l’homophobie.

Fortes de l’unité associative autour de notre démarche, et des nombreuses signatures reçues, nous avons demandé à être reçues au cabinet du Premier Ministre qui nous fit comprendre, ainsi que le Ministère de la Justice, que le déséquilibre du texte correspondait à la volonté du gouvernement.

Nous avons continué à nous manifester auprès des pouvoirs publics, des élu-e-s et des journalistes, avançant inlassablement nos arguments et notre revendication : le sexisme doit être traité par la loi de la même manière que le racisme et l’antisémitisme, tout comme l’homophobie, mais à condition de souligner la place spécifique de la lesbophobie.

Annoncé pour la session parlementaire extraordinaire début juillet, l’examen du projet de loi subit un report, deux, pour se voir prévu sur l’agenda de décembre de l’Assemblée Nationale. Entre temps une rapporteure a été désignée par la Commission des lois de l’Assemblée et a commencé ses auditions, auxquelles nous avons évidemment participé.

Or, ce lundi 22 novembre, le gouvernement annonce le retrait de son projet de loi. A la place, il propose d’intégrer les dispositions les moins gênantes, sous forme d’amendements, dans la loi créant la Haute autorité contre les discriminations. C’est non seulement le mouvement féministe, mais aussi la majorité à l’Assemblée qui est ainsi bafouée.

Dans ces 4 amendements (largement adoptés mardi 23 au soir au Sénat) le sexisme bénéficie du même traitement que l’homophobie : le principe de notre lutte et le refus de faire du sexisme une discrimination mineure ont été validés, et il serait désormais possible de poursuivre des incitations à la violence sexiste, alors que le projet initial ne permettait de poursuivre que les attaques nominales contre des individu-e-s.

Mais ce qui pourrait passer pour une victoire n’en est pourtant pas une. D’abord parce que nous avons toujours demandé une véritable loi antisexiste, et non une loi qui se limiterait aux propos et injures. Le sexisme est un système et doit être traité comme tel si on veut le combattre efficacement. Le sexisme médiatique, les propos injurieux et discriminatoires, ne doivent pas être déconnectés des autres réalités auxquelles ils sont liés : violences physiques, pression à une norme physique et comportementale, politique poussant les femmes à rester au foyer, inégalités politiques, sociales et économiques...

Mais il y a pire. Le gouvernement n’a retiré son texte que sous la pression des groupes qui veulent continuer à tenir des propos sexistes et homophobes. Depuis la loi de 1972 contre le racisme et l’antisémitisme, sexisme, lesbophobie et homophobie sont devenus les bastions du mépris ordinaire, et celles et ceux qui devraient défendre le respect et les droits de tou-te-s préfèrent au contraire se joindre au pugilat contre nous.

Syndicats de presse, église catholique, et même la Ligue des Droits de l’Homme qui actuellement est de plus en plus loin de la défense des droits des FEMMES. Toutes ces organisations voyaient dans le projet de loi initial une atteinte aux libertés fondamentales, prouvant ainsi que pour eux, afficher son homophobie et son sexisme fait partie des libertés !

Ces arguments ont été repris in extenso par la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, qui a demandé la retrait du projet de loi contre les propos sexistes et homophobes. Et le gouvernement lui a emboîté le pas. Voilà pourquoi nous ne pouvons nous réjouir de ce retrait et des amendements que le Sénat vient d’adopter.

Le respect n’est pas qu’un mot ou une sucrerie dont on nous gratifierait si nous sommes sages. Nous n’avons d’ailleurs pas à être sages et aucune intention de l’être. Nous demandons une véritable législation antisexiste, qui mette ce combat à hauteur de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Le sexisme n’est pas seulement un mauvais moment à passer, ce n’est pas seulement un mot de travers par-ci par-là. C’est un système qui agit sur toute la société, c’est une réalité qui commence par les mots et finit par les coups. Le sexisme on en meurt ! Sohane Benziane brûlée vive le 4 octobre 2002, Ghofrane Haddaoui, frappée à mort le 20 octobre 2004 , et toutes celles restées anonymes, méritent mieux que des amendements de circonstance.

Le sexisme en France ce sont des dizaines de milliards d’euros de moins en percevant 20% de salaire en moins que les hommes. Le sexisme ce sont plus de 50’000 femmes violées chaque année. Ce sont 29 femmes tuées par leur compagnon, rien que durant l’été 2004. Aucun groupe social ne fait l’objet d’une violence aussi massive, aussi extrême, aussi meurtrière.

Nous continuerons de nous battre et de réclamer la justice, rien moins que la justice car c’est le minimum auquel on doit prétendre dans un pays qui se veut démocratique.

dimanche 28 novembre 2004