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Féminisme support de vente.

mardi 2 octobre 2001

par 
Isabelle Alonso


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chiennes bourgeoises ?

Salut adhérentes, salut adhérents !

à propos de l’éléction de Miss France, lettre au journal libération

Reçu ceci sur le mail...

les campagnes de l’AVFT contre les publicités sexistes en France 1992-95

Au sujet de la pub...

pourquoi je suis chienne de garde

8 mars, journée internationale de lutte des femmes.




par ex Présidente des chiennes de garde

Dire que la pub utilise le corps des femmes pour vendre tout et n’importe quoi, c’est enfoncer une porte ouverte. Tout le monde le constate. Personne ne fait rien. Les publicitaires ont les moyens de nous faire taire !

Courant 2000, les " créatifs " avaient poussé la créativité jusqu’à des limites auxquelles vous n’auriez pas pensé, vous qui connaissez le sens du mot respect. Cynisme en bandoulière, ils ne se contentaient plus du corps des femmes. Il s’agissait d’utiliser leur souffrance. Pour vendre.

Pour vendre une voiture : " poussées à bout pendant des heures, écrasées, détruites, frappées de tous les côtés, esquintées, envoyées dans le mur... "

Pour vendre une baguette de pain : " il m’a pétrie, il m’a façonnée, il m’a dorée, j’étais cuite, il m’a vendue... "

Pour vendre une crème fraîche : " je la lie, je la fouette et parfois elle passe à la casserole... "

Confrontés à leurs affiches, ils ont deux réactions :

-  soit ils en appellent au premier degré : mais non, y’a pas d’allusion aux femmes, on ne parle que de produits, si vous y voyez autre chose c’est que VOUS avez un problème ! Vous êtes parano !

-  soit au deuxième degré : c’est de l’humour, ça a fait rire toutes les filles au bureau, si ça ne vous fait pas rire, c’est que VOUS avez un problème ! Vous êtes triste !

Les mauvais traitements que les femmes subissent quotidiennement, vous y auriez pensé, vous, comme support de vente ? Non ? Ben voilà !, Vous n’êtes pas créatif dans la pub, et ne le serez jamais ! Mais eux, ils sont comme ça ! Le monde leur est un immense espace publicitaire.

S’il y a une chose que publicitaires et annonceurs ne supportent pas, c’est la contestation. Mettez vous à leur place ! Ils sont pas habitués ! Ils ont l’argent. Ils peuvent acheter l’espace public. Ils contrôlent les média. Ils imposent leur point de vue. Le marché est roi. Ils sont les rois du marché. Et, cerise sur le gateau, en s’autobaptisant " créatifs ", ils se la jouent artiste ! Tout ça parce qu’ils conçoivent les messages destinés à vider vos porte monnaie !

Alors quand les féministes remettent en cause le sexisme omniprésent de leurs messages, croyez vous qu’ils consacrent plus d’un demi neurone et un quart de seconde à écouter ce que nous leur disons ? A essayer de comprendre l’effet que ça fait d’être exhibée, décortiquée, découpée, pour faire consommer ? Au terme d’une introspection que l’on devine complexe et douloureuse, le fils-de-pub
-  présentateur -producteur d’une célèbre émission télé sur le sujet répondait à la question " La pub est elle sexiste ? " par un NON sans appel. Bonne conscience et parole unique, c’est là qu’ils habitent. Respecter dans la vie la parole de celles qu’ils utilisent dans leur job ne fait partie ni de leurs capacités ni de leurs intentions.

A un débat sur l’éthique dans la publicité, ils préfèrent leur méthode habituelle : la récupération. Les femmes luttent ? Les femmes se battent ? Les femmes cherchent à s’exprimer ? Il doit y avoir moyen de digérer ça au profit de quelque produit ! On fait une campagne, et on se gausse des féministes coupables de lèse-pub. Tout bénef !

Vous avez pu constater les effets de cette utilisation des revendications féministes comme support de vente. Très récemment. Sur les murs. Les campagnes d’affichage ont un aspect particulièrement totalitaire : vous ne pouvez y échapper. Il suffit de se balader pour être bombardé. La pub peut occuper l’espace public : c’est une simple question d’argent. Vous n’avez probablement pas échappé à deux campagnes particulièrement présentes ces dernières semaines.

Dans tout Paris, les panneaux d’un marchand de godasses tonitruent à tous les coins de rue : " Aucune corps de femme n’a été exploité dans cette publicité !"

Pour les besoins de la démonstration, sur trois affiches différentes, il a donc chaussé non pas une femme, mais

-  un homme : être humain compréhensif que ça ne dérange pas d’être exploité, parce que lui il est au dessus de ça, il est fort, lui !

-  une autruche : moins chiante qu’une gonzesse, aucune autruche de garde n’ayant jamais protesté contre rien ! Ces joyeuses volatiles mettent leur tête dans le sable et font pas chier le monde, elles ! Prenez en de la graine, les filles !

-  et pour finir, attends c’est trop drôle, c’est à se tordre, vraiment, mdr de chez mdr : une chaise ! Ben ouais, c’est à quatre pattes une chaise ! Ça peut en mettre deux, des paires ! Et on s’assied dessus ! Muette, pratique et confortable, la chaise ! Comme au bon vieux temps ! Y’en a plus des comme ça de nos jours !

Moralité : on préfère encore un mec, une autruche, voire une chaise plutôt qu’une emmerdeuse qui réclame du respect !

Autre campagne, plus souriante, moins agressive, mais aussi perverse. Pour des grands magasins des grands boulevards, la tronche hilare de David Douillet, coiffé comme l’était Laetitia Casta lors d’une campagne précédente. Notre David Douillet à nous, Monsieur Pièces-jaunes, le Poulidor de la popularité juste après l’Abbé Pierre, annonce l’ouverture d’un magasin rien que pour les hommes. Le slogan ? " Les hommes ont enfinles mêmes droits que les femmes ". Ah bon ? Le droit de gagner moins ? Le droit à la vaisselle ? Le droit de repasser le linge de leur épouse ? Le droit de plafonner à dix pour cent à l’Assemblée ? Le droit aux agressions impunies ? Le droit à une citoyenneté de deuxième zone ? Mais non ! Le droit d’aller faire du shopping ! C’est vrai, il était temps ! La démocratie était bafouée ! Le plus ironique de cette affaire ? Le judoka chouchou des Français, qui a déclaré un jour : " comme tous les hommes, sauf les tapettes, je suis un peu misogyne... ", est un farouche défenseur de la femme au foyer ! Encore un droit que les hommes n’ont pas ! Mais que fait le législateur ? Du shopping ?

Moralité : les publicitaires se donnent surtout le droit de se payer notre tête.

La publicité a les moyens d’exhiber son mépris des femmes, de leur souffrance et de leur révolte. Cyniques, arrogants, misogynes et réactionnaires les publicitaires persistent et signent, fidèles à eux mêmes et aux valeurs séculaires de l’ordre établi. Sans scrupules, sans honneur, sans respect, ils servent l’argent et le patriarcat.




     


 
   


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