g[Chiennes de garde] Fast sociologie à emporter


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Fast sociologie à emporter

jeudi 27 novembre 2003

par 
Leirn


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par Leirn

L’autre soir, je suis allée manger des hamburgers avec Leirnette, histoire de récupérer un bidule en plastique totalement indispensable dans un «  menu-bonheur » (à moins que ce soit une « boite magique ») et lui de permettre d’escalader une structure en mousse. Le coin enfant de ces restaurants permet des observations tout à fait fascinantes de la vraie vie des gens (que j’ai peu l’occasion de côtoyer puisque je vis avec la tête dans mon écran).

Pendant que Leirnette s’emmêle dans les barreaux de l’échelle du jeu, deux copines, dont une jeune mère, viennent s’installer près de moi. Le but était visiblement de pouvoir discuter tranquillement des problèmes sentimentaux de l’une, pendant que la monstresse survoltée de l’autre démonte pièce par pièce la structure de jeu.

Je dois reconnaître que la séquence d’observation était plutôt pénible au début : des petits poumons de 3 ans développent autant de décibels qu’un Boeing au décollage. C’est pratique, ça évite d’entendre Maman qui murmure vaguement « Amouuuur, arrête de crier ».

Alors que Leirnette songeait sérieusement à gaver Amouuuur de balles en mousse pour voir si ça étouffait le bruit, voilà que la maman s’éloigne pour aller chercher à boire et confie sa fille à sa copine. Mais Amour ne l’entend pas de cette oreille et moi non plus d’ailleurs, puisqu’elle se met à hurler MAMAAANNNN et se lance à sa poursuite vers l’escalier.

La copine se lève alors pour attraper la gamine et lui dit : « Reste là, sinon le Monsieur va t’attraper ! ». Et comme la menace ne suffit pas à arrêter Amour, elle répète : « le Monsieur va t’attraper et t’emmener ».

Autant vous dire, la probabilité d’un quelconque Monsieur de fast food venant faire la morale à une gamine de 3 ans en train de hurler dans une salle de restaurant ne vaut même pas la peine d’être évaluée.

Alors, qu’est-ce que veut dire ce mensonge ? Quel univers dessine-t-il pour une gamine qui ne connaît du monde que ce que son entourage lui présente ?

D’une part, qu’il faut obéir, non pas parce que Maman ou la copine le veut, mais parce qu’un homme extérieur, inconnu et potentiellement inquiétant l’impose sans qu’il y ait besoin de justification.

Au lieu d’une injonction simple : « Arrête de hurler, tu gênes les gens qui mangent », sous entendant : « tu vas m’obéir parce que je suis une adulte qui te le demande et que ma raison est valable », on avoue ne pas avoir soi-même suffisamment d’autorité, et remettre cette responsabilité entre les mains d’un homme tout puissant qui va imposer une loi mystérieuse à laquelle on doit se plier sous peine de châtiment terrible.

Evidement, Amour n’est pas terrifiée, loin de là. Néanmoins, elle accepte de revenir avec la copine. Pour lui faire plaisir ? Peut-être. Pour se comporter comme une petite fille sage et obéissante ? Aucun risque. Pour que le Monsieur ne l’attrape pas ?

Comment se représente-elle à ce moment le monde des femmes qui lui laisse faire ce qu’elle veut, face au monde des hommes qui détient le pouvoir de châtiment ?

Accalmie passagère pendant qu’Amour tente de plumer la queue de cheval frisottée de la copine de sa mère. Leirnette replonge dans la piscine à balles et je me dis que, même si c’est difficile de se faire obéir par des gamines de moins d’1 mètre, jamais je n’abdiquerais mon autorité en faveur d’un homme mystérieux, menaçant et imaginaire.

Imaginaire ? Cet homme inconnu qui emmène les petites filles qui s’éloignent de la protection de leur maman est-il vraiment imaginaire ?

Cette phrase que l’on a répétée et qu’on répète à des générations d’enfants n’est-elle pas un moyen inconscient d’enseigner aux enfants qu’il existe des hommes qui ne leur veulent pas de bien ? Cette phrase récurrente et mensongère n’est-elle en fait une mise en garde déguisée, inconsciente mais salutaire contre la pédocriminalité ?

Bon, qu’est-ce que je vais dire à Leirnette, moi ?

Leirn