g[Chiennes de garde] Sociologie de parc de jeu


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Sociologie de parc de jeu

lundi 1er décembre 2003

par 
Leirn


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par Leirn

Il y a 6 ans, je n’avais aucune idée du fonctionnement d’un enfant. Je savais vaguement par où entrait la nourriture et par où elle ressortait, mais c’est tout. Je n’imaginais pas que devenir mère m’amènerais à fréquenter cette race particulière d’individus : les parents.

Comprenons-nous bien, des parents, on en rencontre sans arrêt. Mais on les voit en tant que collègues, amis, voisins, membres de sa famille... on ne les voit pas nécessairement en tant que parents. Or, à partir du moment on fait partie de cette catégorie, on se retrouve à fréquenter certains endroits pour la seule raison qu’on est des parents et à avoir comme unique point commun de conversion avec les autres adultes du lieu, le fait qu’on a des enfants. C’est ainsi que je me suis retrouvée à fréquenter les parcs de jeux.

Munie de mon livre du moment (outil dissuasif par excellence quand on veut repousser des parents intrusifs), je m’installe sur un banc, pendant que Leirnette grimpe au toboggan. Pour que vous imaginez l’endroit, il faut que je vous dise qu’il s’agit d’un tout petit parc de jeu, entre des immeubles. Un des rares endroits où les bébés des villes peuvent manger de la terre et les plus grands grimper aux arbres, sauf que c’est mal, parce que ça les abîme et qu’il n’y en a pas beaucoup.

Une famille en jogging débarque : papa, maman et deux enfants que nous appellerons Attila et Sophie (Sophie, parce que c’est le nom de la compagne que choisit Rousseau pour l’Emile et pour laquelle il imagine une éducation plutôt... disons... conventionnelle). Sophie, qui a environ 6 ans, traîne sans beaucoup d’intérêt sur la balançoire. Attila, 12 ans, est là avec son ballon de foot. Il commence à défier son père : « chiche que tu me prends la balle ».

Effectivement, en moins de 2, son père lui a piqué la balle. Mortifié, Attila s’en va fanfaronner plus loin et s’en prend vaguement à la balançoire. Il relance un défit à son père.

Mais c’est sa mère qui répond et qui dribble avec lui. « Trop facile, si c’est maman ! » ne cesse-t-il de répéter... Sauf que maman lui pique son ballon avec la même facilité que papa. « Trop facile » répète-t-il en courrant derrière sa mère et le ballon. « Avec maman, je gagne quand je veux. J’ai fait exprès ». Maman proteste vaguement et lui rend le ballon.

Sophie, qui s’est fait vaguement embêter par son frère sur la balançoire, est partie vers le toboggan. De toute façon, Attila-chou fait tellement de bruit sur les balançoires, que personne ne la remarque. Il revient à la charge, s’accroche à son père, débute un simulacre de bagarre. Son père entre dans le jeu. « même pas mal », répète-il. Finalement, avec la subtilité d’un Mike Tyson, le père flanque Attila par terre. Aussitôt, il se met à chialer. Son père l’attrape par le paletot, le remet sur ses pieds et lui dit : « Pleure pas, mauviette, t’es pas une fille ! »

Quand on est enfant, on se construit beaucoup à partir de son contraire. On ne dit pas aux filles : « Pleurez ! ». Mais on dit aux garçons : ce sont les filles qui pleurent. On ne dit pas aux filles ; « vous êtes des mauviettes », on dit aux garçons : « ce sont les mauviettes qui pleurent » et on les méprise s’ils le font. On ne dit pas aux garçons : « Battez-vous », mais on dit aux filles : « les filles ne se battent pas ». Et on s’en va. On laisse les enfants en déduire eux-mêmes les conséquences pour chacun des sexes et les comportements appropriés. Ensuite, on se demande d’où viennent ces comportements violents chez les garçons, d’où viennent ces chougneries mièvres chez les filles....

Un autre jour, j’étais en train de discuter dans ce même parc avec un père qui était là avec ses 2 enfants. Nous parlions des femmes dans le gouvernement (c’était du temps de Jospin) et il me disait qu’il était impressionné par leurs compétences et que ça prouvait bien que pour peu qu’ on leur fasse vraiment une place, elles montraient leur valeur.

Un couple, de passage avec leur gamine de 2 ans se joint à la conversation. Enfin, le père se joint. Il nous dit que quand même, la nature est bien faite... il n’ est pas trop pour le mélange des rôles, chacun à sa place, les femmes en politique, il ne trouve pas cela normal. Et puis, si les hommes et les femmes se mettent à faire la même chose, on ne pourra plus les distinguer... on sera tous pareil et ce sera une mauvaise chose, tous identiques...

« Ah oui ? répond le premier père, un peu surpris. Ça me fait penser à mes collègues de travail homosexuels qui me disaient... » Je n’ai pas entendu la suite. J’ai vu le deuxième père blêmir et j’ai compris. « Si jamais les femmes entrent en politique, nous deviendrons tous pédés. » J’ai regardé ensuite sa femme. Elle se tenait 2 pas en arrière, les pieds en dedans, le regard tourné vers le sol. Elle n’avait pas dit un mot. J’ai regardé sa gamine qui jetait rageusement des cailloux dans le sable, en direction de Leirnette. Bienvenue dans la vraie vie. Comment éducation sexiste et homophobie font bon ménage.