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| Où ça va se nicher... vendredi 19 décembre 2003 par Leirn | |||
| Sociologie de parc de jeu L’heure des mamans Macho ! Le sexe sans sujet Samia Un homme nu dans... GENTILLE ! Du second degré ordinaire en fac Je ne suis pas féministe ! par Leirn | L’étude des rapports sociaux de sexe va se nicher dans les endroits les plus inattendus... ou plutôt dans les endroits les plus triviaux, qui sont incidemment les endroits les plus personnels : les toilettes. C’est un lieu de pouvoir dès tout petit, ça reste un point d’achoppement à l’âge adulte. L’an dernier, Leirnette fréquentait une de ces maternelles surpeuplées de banlieue parisienne. Chic, certes, mais bondée, avec des chiffres qui horrifient mes copines de province : 10 classes, 300 enfants, 2 services de cantine, 3 services de récréation, une cour de la taille d’un terrain de tennis. Régulièrement, au conseil d’école, l’épineux problème dit « des toilettes du rez-de-chaussée » se retrouve en tête des sujets débattus : quel que soit le bout par lequel le problème est pris, on ne peut que conclure qu’il n’y en a pas assez et on n’a plus de place pour en installer d’autres. Problème : comment augmenter le nombre de toilettes dans une surface qu’on a déjà totalement équipée ? Comme je noyaute les instances décisionnaires du pays, j’ai une de mes amies qui est représentante des parents d’élèves dans cette école. Elle propose pour sortir de l’impasse de supprimer les 5 pissotières et de les remplacer par 5 toilettes normales et polyvalentes. Veto véhément d’une des mamans présentes : son petit Auguste est teeeeellement fier de faire pipi debout comme un grand que vraiment non, il n’en est pas question. J’espère que chez elle, il a aussi une pissotière, ce sera trop triste d’empêcher ce petit homme d’accéder à la verticalité. A l’adolescence, le problème des toilettes revient à l’attaque, de façon bien moins « mignonne ». J’ai lu une étude sur la violence entre les filles et les garçons dans un collège en zone « sensible ». Les filles étaient espionnées et agressées par les garçons pendant qu’elles allaient aux toilettes. Pour résoudre le problème, l’école a décidé de laisser aller les élèves aux toilettes par groupe de sexe : d’abord les filles, ensuite les garçons. Plutôt que de lutter contre une attitude d’incivilité manifeste de la part des garçons, on a préféré protéger les filles. « Après tout, des garçons qui mattent les filles à poil, c’est normal, on a tous fait ça », disent les hommes en se donnant des coups de coude. Si les garçons agressent les filles, c’est parce qu’il y a des filles à agresser. Plus de filles, plus d’agression, c’est finalement très simple. Mais ce n’est pas tout. En entreprise, quand des femmes travaillent dans des milieux fortement masculins, voire quand elles sont seules dans un groupe d’hommes, c’est parfois autour de l’usage des toilettes que des affrontements se nouent : les femmes sont obligées de traverser tout l’atelier sous des remarques sexistes pour aller dans des toilettes crades (vous vous souvenez, Auguste pisse debout depuis la maternelle, il s’en fout que la lunette soit sale), elles retrouvent sur le chantier leur cube sanitaire perché sur une pile d’agglo avec des gros lourds qui rigolent en voyant leur embarras... Ces exemples, je les tire de « Métro boulot machos », de Katie Breen et Catherine Durand, que vous devriez lire si ce n’est pas encore fait. Comme quoi, penser à cet espace tellement privé où les femmes se dévoilent... mâtiné d’humour pipi-caca, ça donne de curieux résultats dans la tête de certains hommes. Par contre, la prochaine fois que vous verrez un mec qui fanfaronne sur les tâches ménagères, demandez-lui qui lave les chiottes, chez lui. Des heures de rire. « Ah, mais moi, je lave la voiture ! », dit-il drapé dans sa dignité. Cet été, on a vu dans une de ces émissions de télé-réalité un italien jouant au macho refuser tout net de laver les toilettes. La vaisselle, soit, mais ça, ça, non, vraiment, c’était trop pour lui. Le canard WC est l’ultime tabou ménager... S’il touchait l’objet maudit, il perdait probablement dans l’instant sa virilité. S’il y a une certaine noblesse dans les tâches ménagères, comme on le dit dans les Tonton flingueurs, cette noblesse ne franchit visiblement pas le seuil des toilettes. | ||
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