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Un homme nu dans...

mardi 24 février 2004

par 
Têtue


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On peut remarquer ces derniers temps une recrudescence d’images de nus masculins : le fameux calendrier des rugbymen, des pubs, pour du parfum ou pour du papier toilette, etc... Certain(e)s s’en offusquent, et le disent haut et fort. Bien. Mais avant de renvoyer ces messieurs se rhabiller, j’aimerais profiter de l’occasion pour parler du regard porté sur le nu masculin, et du désir que cela peut éveiller, de celui que l’on passe sans cesse à la trappe : le désir féminin.

En tant que femme hétérosexuelle, j’aime les hommes, et leur plastique, et leur nudité, même intégrale. Je me régale volontiers de la vision du corps masculin. Cette régalade ne peut avoir lieu que si je choisi librement de m’y adonner. Des pubs représentant des hommes nus un peu partout dans les rues ? Je suis contre. Mais, je suis pour, radicalement pour, la visibilité du corps masculin nu.

Voici certaines choses qui me choquent :

L’écœurement qu’expriment certaines femmes de mes amies, lorsqu’au détour d’une conversation on en vient à évoquer, souvent par hasard,les hommes, l’homme, et en particulier son anatomie. J’ai toujours été stupéfaite d’entendre des femmes affirmer, avec la moue de dégoût qui va de paire, que "un homme, c’est laid". Comment font-elles, avec une telle conception (du moins pour celles qui sont en pratique hétérosexuelles) pour tolérer une telle "laideur" contre leur propre corps ? Les années ont passées, j’ai grandi, et je demeure perplexe.

Si la discussion se poursuit sur ce sujet, très rapidement une autre affirmation survient en guise d’explication : "La beauté est féminine". Idée servie à grand renfort d’exemples issus de l’histoire de la peinture ou même de la publicité. Je n’y comprends rien, moi qui n’éprouve que peu d’intérêt quant à l’anatomie et à la plastique féminine. C’est là, que soudain, rien ne va plus : je ne suis pas normale ! Il paraît aussi que les hommes réagissent davantage aux stimuli visuels tandis que les femmes sont plus sensibles à ceux olfactifs et tactiles... Et moi alors, si j’aime voir, que suis-je ? Si je me risque alors à évoquer ma régalade quant à la vision d’un nu masculin, des sourcils se lèvent, des yeux s’exorbitent, et me voici tacitement cataloguée perverse voyeuriste, obsédée sexuelle et que sais-je encore ? Déviante. On ne m’y reprendra plus : je me tais et dissimule ma tare. Et j’observe autour de moi. Je cherche des nus. Pour comparer. Peut-être n’ai-je pas bien regardé les femmes. Peut-être sont-elles effectivement de toute beauté. Et soudain je ne vois que ça : des femmes, à demi-nues, nues, en veux-tu en voilà, placardées partout dans les rues, les couloirs du métro, les kiosques à journaux, dans tous les formats, en pied, de face, dos, profil et même en gros plan... Pas une journée ne se passe sans que je croise malgré moi des yeux un peu de cette chair féminine exhibée. D’homme nu, point je ne vois. Point d’autre que celui qui partage joyeusement mon lit. D’hommes nus, de diversité, d’altérité, soudain, je manque, cruellement.

Je n’en peux plus, n’en peux plus, de cette débauche de peaux, de chairs, de corps de femmes (corps auquel j’appartiens) représenté, démultiplié, fragmenté, étalé partout à la vue de tous, hommes, femmes, jeunes, vieux, enfants. Mon corps de femme, je ne l’ai que trop vu. Je le connais par cœur, non seulement parce que je le vis au jour le jour, mais parce qu’on me le montre au jour le jour, me le remet sans cesse sous le nez. Impossible d’y échapper ! C’est une réelle souffrance visuelle. Mais plus grande encore est cette souffrance, celle du manque que je ressens : l’autre me manque.

L’homme en tant qu’autre, différent. Son corps me manque. La diversité me manque. Voilà à quelle aberration j’en suis : si je ferme les yeux et que j’essaye mentalement de me représenter un homme dans le plus simple appareil, je n’ai qu’un machin flou qui se forme dans mon esprit, auquel viennent irrésistiblement se fondre d’absurdes fragments de corps quant à eux bien nets, mais insupportablement féminins (incontrôlables réminiscences de mes visions de la journée).

Avec une telle incapacité à concevoir l’objet de mon attirance naturelle, que devient mon désir ? et mon plaisir ? Si j’osais, je dirais que les publicités et les magazines féminins entretiennent les femmes dans une auto-contemplation d’elles-mêmes qui relève du narcissisme, à peine de la masturbation, et qui les prive de l’accès à l’altérité et au plaisir partagé. Au plaisir tout court.

Les femmes dans la publicité ? je sature. Qu’elles soient représentées sous n’importe quel prétexte, voire de façon dégradante ou à l’inverse, à propos, avec respect : je sature. L’absence d’homme est ce qui me rend tout cela proprement insupportable. Attention, qu’on ne s’y trompe pas : je n’appelle pas de mes vœux le placardage d’affiches exhibant autant de chair masculine que féminine. Non-non. Je voudrais simplement être libre. D’aller admirer de belles sculptures d’éphèbes grecs au musée quand ça me chante. Eventuellement de pouvoir acheter une revue avec d’artistiques photos de nus masculins (cela existe-t-il seulement ?). De ne pas voir de chairs, de peaux, de nus,ni féminins, ni masculins, à tout moment, quand je ne m’y attends pas,quand je ne le souhaite pas. Libre dans mon désir. Libre de choisir. Libre d’être une femme qui préfère les hommes. Libre d’être une femme. Libre tout court.




     


 
   


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