g[Chiennes de garde] Pourquoi pas un... des Partis Politiques Féministes ? !


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Pourquoi pas un... des Partis Politiques Féministes ? !

mercredi 8 septembre 2004

par 
Dominique


Un Parti Politique Féministe serait un outil pertinent pour évoluer plus rapidement, hommes et femmes, vers l’égalité, vers une société plus harmonieuse.




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par Dominique

Il s’agit de montrer les 52 % de population invisible, dissimulée derrière un rideau virtuel de mère de famille idéale, de « bimbo » écervelée ou de froide « célibattante ». Il s’agit d’entendre les 52 % de personnes vivant en France qui subissent majoritairement précarité, violence et discrimination.

52 % de personnes privées de liberté puisqu’elles ne peuvent circuler à tout moment et partout, sans risquer la violence. 52 % de personnes privées d’égalité, notamment dans les salaires et l’accession aux emplois. 52 % de personnes qui aspirent à la fraternité et à la sororité, mais qui sont régulièrement insultées à la télévision, dégradées par la publicité omniprésente sur les ondes et les écrans, dans les rues et les transports...

52 % de la population dissoute jusque dans le langage sous le vocable du « masculin qui l’emporte », du « mademoiselle » ou du « madame »...

52 % de personnes dissoutes dans l’histoire de France telle qu’elle est enseignée actuellement, quand la Révolution Française est glorifiée alors que la moitié de la population n’y obtenait aucun droit citoyen...  « La Révolution Française, magnifiée à l’école, et le silence fait autour de la mise à mort de la citoyenneté des femmes rendent pernicieusement acceptable l’inacceptable : l’universalité est désormais masculine » (coll. Que sais-je, les femmes et la vie politique française).

52 % de personnes vivant en France mais dissoutes dans l’organisation sociale actuelle largement masculine !

Dissoutes mais... effervescentes ! Mais voilà, l’être humain a soif de justice, d’égalité, l’être ne peut se dissoudre ainsi. Travailler pour un monde plus équitable, voilà ce que nous, féministes, appelons de nos voeux.

Nos préoccupations quotidiennes ne sont pas relayées sérieusement par la classe politique : L’image des femmes est systématiquement érotisée, ridiculisée, voire violentée dans les médias et moyens de communications. Les femmes sont particulièrement visées par les violences verbales (insultes) mais il n’a pas été jugé utile de donner une loi anti-sexisme à notre pays de libertés. Elles subissent, dans la sphère publique et privée, des violences physiques : agressions sexuelles, viols, coups et blessures, mais aucune volonté réelle et durable ne s’affiche publiquement pour éduquer au respect, chercher les racines de cette violence machiste et prendre toute mesure utile pour la contrer. Le monde de l’entreprise reflète tout cela : difficulté de trouver un emploi, d’entrer puis de se faire « respecter » dans des domaines traditionnellement masculins, souci de concilier vie professionnelle et familiale (puisque selon la répartition des rôles, la charge des enfants incombe presque totalement aux mères et qu’elles sont ainsi perçues par les employeurs), inégalité des salaires entre hommes et femmes, difficulté de progresser en termes de carrière, inégalités devant la retraite... L’enfant « roi » des publicitaires se trouve bien dépourvu en termes de services publics : crèches, garderies enfantines sont en nombre le plus restreint possible, il est vrai que les mamans sont incitées à délaisser leur emploi pour se consacrer à leur fonction dite « naturelle »... Les difficultés ou la galère des mamans-solo en termes de temps, de finances, d’éducation des enfants n’est pas assez reconnue. La santé au féminin : trouver un rendez-vous gynécologique, une contraception bien remboursée, un rendez-vous hospitalier en vue d’une IVG, faire des examens préventifs spécifiques, trouver une maternité pour accoucher... Nous savons bien, pour l’avoir vécu, que cela n’est pas évident, et risque de devenir encore plus difficile à l’avenir et plus onéreux... Nous pourrions reprendre les thèmes du forum...

Qui nous écoute ? Quel parti politique porte nos demandes ? Ces revendications réellement vitales, car le sexisme blesse et tue tous les jours, sont distillées à très faible dose dans les programmes politiques sous couvert de modernisme bon teint. Ainsi, le vote des femmes se trouve canalisé vers les partis « classiques » c’est-à-dire dirigés principalement par les hommes et pour eux. Ainsi, les militantes politiques se trouvent canalisées vers les partis existants mais sans contrepartie puisque les questions féministes sont « traditionnellement » oubliées, balayées d’un revers de manche au prétexte de la « particularité »... 52 % de particularités dissoutes... 52 % de la population dont les souffrances mais aussi les idées sont ainsi passées sous silence... excusez du peu ! De plus, les femmes, impliquées dans les partis subissent parfois des pressions, des attaques en raison de leur sexe, même à l’intérieur de leurs propres mouvements. En l’absence de loi anti-sexiste, ce phénomène risque de perdurer.

Ressaisir la démocratie ! De fait, il se trouve peu de voix pour s’indigner haut et fort lorsque les droits des seules femmes sont atteints, quotidiennement. Le saccage d’une oeuvre d’art fera couler plus d’encre que la dévastation de corps féminins faits de chair et de sang. Des arguments sont même avancés pour expliquer, voire excuser notre massacre intime : on invoquera la provocation, la tradition, la culture, parfois même l’amour, la passion, ou notre prétendu « consentement ».

Nous, femmes, nous acquittons très largement de nos devoirs depuis toujours. Nous voulons faire valoir nos droits, ce n’est que justice.

Vous êtes vous déjà demandé pour qui voter « utile » ? Vous n’êtes pas seul-e ! Le rejet de la classe politique dans son actuelle configuration serait même une des causes principales de l’abstention ! Heureusement, les associations et leurs militantes permettent aux femmes de prendre la parole et d’influer sur la vie publique et sociale. Ainsi, elles portent depuis des générations la cause de l’égalité prenant parfois de grands risques. Ces fruits obtenus par leurs luttes, nous en profitons toutes aujourd’hui dans notre vie sociale, personnelle et professionnelle. Présence des femmes en politique et féminisme s’influencent mutuellement, et attestent de cette quête d’égalité et de sa progression dans la société.

Il s’agirait de susciter une envie politique, un désir de fédérer des associations déjà constituées, en différents partis politiques dont le féminisme serait le fondement, selon leurs tendances. Ne pas chercher un seul et unique modèle mais ouvrir les yeux et répondre aux diverses situations de terrain.

Nos revendications sont des enjeux majeurs qui méritent une vraie place et non un strapontin le plus souvent rabattu ! C’est un souhait, une proposition, une idée.

Le féminisme a pris exceptionnellement la forme d’un parti en France, en 1978, avec le mouvement « Choisir la cause des femmes » de Gisèle Halimi. Le contexte était différent, les femmes venaient d’obtenir, en 1972, la reconnaissance du principe de l’égalité de rémunération à travail égal, et en 1975, le droit à l’IVG, étape fondamentale dans le droit à disposer de leur corps... Aujourd’hui, nous constatons que les inégalités perdurent, nous assistons à des tentatives de remise en question du droit à l’IVG. De plus, dans les faits, les infrastructures et les moyens se montrent insuffisants pour l’application de la loi.

Mais peut-être que l’étincelle, la prise de conscience de notre force ne s’est pas encore réalisée. Femmes en politique et militantes d’associations vont aider à faire entrer le féminisme dans les mœurs politiques, sociales, l’un influençant l’autre, et ainsi nous parviendrons à une réelle égalité.

Mais quand ? Combien de pas en arrière, de questions et de retours sur nos droits, de mots, cris, pensées, d’idées rentrées qui ne se concrétiseront pas. Quand pourrons-nous contempler les nourrissonnes d’une maternité sans une pensée amère, que l’on n’ose pas formuler, de la difficulté et des risques d’être femme, aujourd’hui encore, dans un pays de liberté mais aussi une société machiste, en ce 21e siècle ?

Plus jamais ça ! Quelle illusion cherche t-on encore à nous donner ? Que fait-on de nos voix ? Quelles promesses seront encore dénaturées sur la table de la sinistre cuisine machiste, après les élections. Le journal Libération évoquait, le 29 juillet dernier, les principes balayés des politiques européens « Un poste européen pour le PS et des principes balayés. L’élection de Pervenche Berès a eu un prix : laisser élire une Slovaque anti-IVG à la tête d’une autre commission ».

Ainsi, une voix donnée, par exemple aux Verts (qui les premiers ont inscrit la parité dans leur fonctionnement, parti où les femmes sont représentées), puis reportée logiquement à gauche, aboutissait donc à ce choix révoltant !

Aujourd’hui, début septembre 2004, la Mairie de Paris fait savoir par voie d’affiche que la Capitale est « contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les autres discriminations » mais omet de nommer clairement le sexisme. Ou bien faut-il chercher dans le terme « autres discriminations », ces 52 % de personnes qui ne méritent aucune référence ?

Eh bien cela suffit ! Il s’agit de notre liberté, de vies humaines, de l’avenir du pays. La France, si fière d’être le pays des Droits de l’Homme, veut-elle devenir vraiment le pays des Droits Humains ? L’idée doit faire son chemin. Louise Michel (1830-1905) disait : « l’égalité entre les deux sexes sera reconnue et cela fera une fameuse brèche dans la bêtise humaine ». Cette brèche, travaillons-y chaque jour, nous qui avons des mains féministes, et ouvrons petit à petit le passage vers l’égalité réelle.

En 1944 nous avons obtenu le droit de vote, les femmes sont éligibles, la parité date de 1999, pourquoi pas, aujourd’hui, des partis féministes...

Les chasseurs, par exemple, ont leur parti, qui ignore leur existence ? Ces « petits » ont un certain poids, au moment des reports de voix, lorsque les « grands » les courtisent, à coup de propositions ou de promesses... cela décuple les occasions d’expliquer, dialoguer, recueillir les réactions des citoyen-ne-s. Ils existent véritablement sur la scène publique.

Eh bien dites-vous que l’on parlera des femmes et nous sommes 52 % ! Si les programmes politiques abordent franchement les questions qui nous intéressent, les femmes et hommes en quête d’égalité viendront vers nous, comme il est raisonnable de le penser, alors les partis féministes deviendront des forces avec lesquelles il faudra compter...

Le mot « féminisme » susciterait parfois la peur, ou au contraire le rire... Il s’agit d’un réflexe de méfiance, d’ignorance, d’une habitude de traiter ce qui concerne les 52 % de personnes du pays comme un objet de séduction ou de futilité... Les femmes ne sont pas des jouets ! Les écologistes aussi ont fait sourire en leur temps, pas si ancien. Pourtant, convaincus de l’utilité de leurs combats, des militant-e-s d’associations ont franchi le pas et plusieurs partis se sont constitués. Les questions fondamentales qu’ils posent sont considérées avec sérieux, aucun « grand » parti politique ne les ignore et chaque programme électoral se doit de comporter un volet « environnement ». Cela ne révolutionne pas la planète du jour au lendemain, soit. Mais cela permet une prise de conscience sociale et des avancées... Le politique représente une projection dans l’avenir. Alors, parlons d’Elles, utilisons « notre chiffre » non pas le « 2 » comme la Sécurité Sociale qui nous place après le « 1 »... mais le 52 comme 52 % !

Il s’agit d’assembler des outils formidables pour qu’ils deviennent redoutablement efficaces. Alors, il deviendra politiquement, médiatiquement et socialement incorrect de se montrer sexiste !