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| Prostitution : Les mythes encadrant la prostitution, Les solutions à envisager pour endiguer et juguler cet esclavage dimanche 6 janvier 2002 par Valérie | |||
| par | De nos jours, la prostitution est encore l’objet d’une grave désinformation. Beaucoup se refusent à considérer la prostitution comme un esclavage. Quoi de plus logique ? Parler de prostitution ramène les hommes à leurs fantasmes inavoués, leurs complexes et leur ego masculin : en parler revient à remuer la boue intime de chacun. En ne parlant pas de prostitution, on ne se regarde pas en face. On refuse de voir qu’on accepte encore en France, l’esclavage sexuel et les violences infligées à plus de 500 000 femmes par 1 million de clients (1). De nombreux mythes circulent sur la prostitution et beaucoup nient ou minimisent l’amplitude et la gravité de ce phénomène. Nous aurons ici pour but de démystifier la prostitution et de passer en revue les différentes idées fausses qui entourent cette activité et ensuite d’examiner les différentes solutions à envisager en France pour endiguer le phénomène prostitutionnel. Les mythes prostitutionnels
« Le patriarcat moderniste pervertit le message libérateur du féminisme en décontextualisant ses revendications les plus fortes : ainsi, le droit à disposer de son corps , exigence élémentaire des femmes, devient le droit de le vendre ». (2) On y aboutit soit par la pornographie, soit par la prostitution qui sont deux expressions de la domination de l’homme sur la femme.
Plusieurs facteurs se retrouvent pourtant souvent dans la vie d’une prostituée. On semble ignorer que 80 % des prostituées ont été violées ou battues dans leur enfance. On ne peut manquer de faire le parallèle entre les deux : la femme vit dans le mépris d’un corps qu’on lui a désigné comme impur et objet de plaisir pour les hommes, elle considère donc que se prostituer ne fait que continuer le processus engagé dans son enfance : se prostituer est considéré par certaines prostituées comme une revanche, un moyen de « faire payer »littéralement le père, oncle ou beau-père violeur et pas extension de tous les hommes qui l’ont maltraitée. « Lorsque quelqu’un se sent comme une personne sans aucune valeur, il se retrouve dans ce rapport à soi dans la prostitution, écrit Susan Vidal-Naquet, prouvant ainsi que c’est vrai et qu’il est mauvais ».(6) La prostituée, elle même se donne des illusions de liberté : quoi de plus normal ? Comme chacun d’entre nous, la prostituée a besoin de se justifier moralement et socialement. Tolstoî, dans « Resurrection » a ainsi analysé le processus qui conduit la prostituée à se croire maîtresse de son destin pour ne pas ajouter l’humiliation de l’esclave à celui de la femme bafouée dans sa chair. La prostitution est un métier qui est souvent physiquement et psychologiquement dangereux et même insoutenable : certains souteneurs font ainsi passer des femmes dans des maisons d’abattage ou les débutantes sont « dressées » avec une moyenne de 50 passes par jour ; la femme voit sa volonté brisée, elle est psychologiquement détruite. Il est alors facile de la garder sur le trottoir. De la même façon, la jeune fille en fugue, qui fuit souvent le milieu familial suite à un viol ou des violences, est une candidate idéale pour l’entrée en prostitution. Il est facile de passer du milieu marginal au milieu prostitutionnel, qui fournit une autre appartenance/affiliation que celle du cercle d’origine, même si elle est dangereuse ; la prostituée qui a un souteneur n’est pas seule. L’ANRS note ainsi que de nombreuses jeunes prostituées sont déjà installées dans un processus de marginalisation qui les coupe des réseaux de réinsertion sociale. Quelle proie plus facile qu’un jeune femme seule, en foyer ou dans la rue ? Cela se voit d’autant plus avec les femmes étrangères qui sont sans papiers et totalement à la merci de leur souteneur en France. Marginalisées par leur statut illégal, leur seul recours reste en la prostitution, pensent-elles ; ce point de vue est soigneusement entretenu par les souteneurs, bien sûr. Le manque de formation contribue lui aussi à l’entrée en prostitution tout comme l’argent qui est lui aussi un des moteur de la prostituée : on compte travailler temporairement, pour s’établir ou s’offrir le superflu. C’est également une revanche ; une façon de s’affirmer et d’exister. Or nous venons de noter qu’en rentrant dans le cercle de la prostitution, on se marginalise de telle façon qu’il devient très difficile de se réinsérer. La pauvreté est donc un des moteurs de la prostitution. Nous parlons ici essentiellement de la prostitution féminine mais le dénominateur commun de tous les enfants entrés en prostitution est qu’ils ont été vendus pour que la famille puisse vivre ou parce qu’ils ne pouvaient survivre dans la rue. La drogue est enfin un des éléments qui peuvent mener à la prostitution. C’est le seul moyen rapide d’avoir l’argent nécessaire à payer sa dose. Il y a une relation très profonde entre la prostitution et la drogue. Soit on se drogue et on doit se prostituer pour pouvoir continuer à se droguer. Soit on se drogue pour arriver à se prostituer et on continue à se prostituer ensuite parce qu’on en a besoin pour se droguer. La boucle est bouclée. Beaucoup de souteneurs « initient » ainsi leurs prostituées à la drogue afin de mieux les « tenir ». Les différentes solution envisagées pour endiguer le phénomène prostitutionnel
Le prohibitionnisme : La prostitution, son organisation et son exploitation sont interdites. On a choisi cette solution dans certains pays du Moyen-Orient et en Chine. Le règlementarisme : On oublie souvent que la France a été la pionnière du système du règlementarisme et que cela s’est soldé par un échec cuisant. Revenons au 19ème siècle pour étudier les raisons de cet échec. Dès janvier 1796, sous l’impulsion du Directoire, Napoléon fait établir le registre de la prostitution parisienne. En 1802, on établit la visite médicale obligatoire des prostituées ; n’oublions pas que l’époque ne connaissait pas le sida mais la syphilis qui conduisait souvent à la mort. Comme parfois encore aujourd’hui, on croyait que les prostituées étaient le vecteur de diffusion des maladies vénériennes. La prostituée devient donc le bouc émissaire du fléau syphilitique. L’obsession du sanitarisme ouvre la voie à celle des lieux d’enfermement ; les maisons closes. On pensait en effet à l’époque que la prostitution était un mal aussi nécessaire que « les égouts, les usines et les dépôts d’immondices ». (7) Il fallait donc isoler les prostituées de la population qu’elles finiraient par pervertir. On gérait le mal plutôt que de le détruire. On a donc établi un registre qui recensait « les filles à numéro » (celles en maison close) et « les filles en carte » (celles se prostituant dans la rue). Toute fille non assujettie à une de ces deux catégories, l’ « insoumise » risquait l’hôpital-prison : Saint-Lazare à Paris, l’Antiquaille à Lyon. La solution peut, de prime abord, sembler idéale. On oublie de signaler qu’entre deux bordels de luxe, vantés par de nombreuses publications (comme le One-Two-Two) , sévissaient des cloaques innommables où les prostituées se livraient à l’abattages dans des conditions de vie très dures, comme celui décrit dans « la maison Tellier » de Maupassant. 80 passes par jour, traitées comme du bétail, parquées sur des grabats immondes. La maison close est de toute façon une entreprise commerciale dont le seul but est de faire de l’argent ; l’Etat encaisse ainsi plus de 50 % des bénéfices des maisons closes. Tous les moyens sont bons pour que la prostituée ne puisse sortir de ce système, on lui fait payer ses tenues, sa nourriture ; elle vit ainsi dans un endettement permanent. Nous avons dit plus haut que la maison close et le contrôle sanitaire des prostituées était dû à l’obsession sanitaire. Toutes considérations morales mis à part, ce fut un échec : une prostituée entre deux visites sanitaires pouvait contracter le virus syphilitique et ainsi contaminer jusqu’à 30 clients (constatation du sénateur et docteur Pinard en 1945). L’échec des maisons closes est donc patent. Les filles y sont maltraitées, la syphilis continue à gagner du terrain et les insoumises sont de plus en plus nombreuses. On commence en France à voir l’inanité et l’hypocrisie d’un tel système : ce déclic se produisit après la bataille menée par l’anglaise Joséphine Butler qui voit bien que la prostitution n’est rien d’autre qu’un esclavage (dès 1881, puis en 1922 et en 1923, la Croix Rouge Internationale s’aligne également sur ces positions). Dès les années 20, des villes comme Colmar, Strasbourg et Nancy ferment leurs maisons closes. Dés 1945, le député Paul Boulet dénonce ce « dernier vestige de l’esclavagisme ». En 1946 le ministre de la Santé et de la Population montre que la maison de tolérance est inutile au niveau sanitaire et crée la clientèle en créant l’occasion : exactement ce que ne souhaitaient pas les règlementaristes ! Enfin Marthe Richard, le 13 décembre 1945 fait irruption dans cette bataille après enquête dans le milieu prostitutionnel ; elle sera le dernier coup de boutoir contre le règlementarisme. En avril 1946, on décide donc de faire fermer les 1500 bordels français. Il est tout de même à noter qu’un des déclics de cette décision fut un motif moins moral : les bordels avaient abondamment collaboré avec l’occupant : les maisons closes servaient de campements aux allemands, les souteneurs avaient activement participé au marché noir etc. Certes nous parlons ici du 19eme siècle. Néanmoins, certains pensent encore que réouvrir les maisons closes dans le but de protéger les prostituées serait efficace. D’emblée, on y voit un point de vue moralisant ; cachons ce que nous n’avons pas envie de voir. Si elles sont enfermées, nous ne verrons plus leur souffrance. On peut ensuite penser que la maison close éviterait l’extension de notre syphilis moderne : le sida. Or dès les premières campagnes de prévention, les prostituées françaises ont compris ce qui les menaçait. On est passé de 20 % des prostituées parisiennes utilisant le préservatif à 80 %, voire 85 % d’utilisatrices (8). C’est fréquemment le client qui fait souvent la demande de ne pas en mettre. ; par un goût du risque quelque peu curieux. La seconde raison est bien évidemment cette fameuse perte de sensation et le fait que le préservatif soit problème pour les hommes qui ont des difficultés d’érection. Ensuite, la maison close permettrait de protéger les prostituées ; ne nous leurrons pas. Nous avons vu ci dessus que la maison close, est avant tout une entreprise commerciale, qui doit donc rapporter, et le plus possible. Pour gagner de l’argent, il faut satisfaire le demandeur, le client est donc libre d’exiger ce qu’il veut puis qu’ainsi il paiera plus. L’Etat pourra ainsi, de par les registres tenus par le tenancier, connaître avec encore plus de précisions la situation financière des prostituées et les fiscaliser plus efficacement. Enfin, toutes les prostituées interrogées à ce sujet, se refusent à connaître l’horreur des maisons closes et l’enfermement. La maison close n’empêche ni la prostitution de rue, ni la prostitution clandestine, ni la corruption, ni le danger. A ce titre, les Eros center en Allemagne montrent bien les graves inconvénient des maisons closes. Ce sont des supermarchés du sexe que les proxénètes rachètent en sous main. On ferme les yeux en faisant semblant de croire que la prostituée est indépendante alors qu’elle est la plupart du temps sous la coupe de réseaux proxénètes. Elle paie de toute façon sa chambre fort cher en réglant des taxes importantes à l’Etat et à la Municipalité. Les Eros center sont munis de fenêtres fermées, de couloirs interminables, de chambres minuscules. Voilà ce que sont les bordels modernes. On doit payer un loyer de 30 DM pour les préservatifs, les serviettes et la nourriture. La tenancière et les videurs sont généralement à la solde des proxénètes et ramènent les insoumises à la raison. L’abolitionnisme : On tolère la prostitution tout en essayant de l’éliminer par la prévention et la réinsertion des prostituées. C’est le cas de tous les pays ayant ratifié la charte de 46. La Suède a pris le parti de condamner le client depuis le 1er janvier 1999. On criminalise « l’achat de services sexuels ». En clair, le client est passible au mieux d’une amende, au pire de 6 mois de prison. La solution a été radicale en apparence. La prostitution s’exerce désormais par le biais du téléphone portable et d’Internet. Pour le moment cette loi est trop récente pour juger de ses effets. A San Francisco, on a choisi une méthode pour le moins originale. Le client arrêté en flagrant délit peut au choix faire des travaux d’intérêt général ou payer une amende de 500 dollars et passer une journée à l’Ecole des clients. Cette école fait partie du « programme pour les délinquants primaires de la prostitution » appliquée depuis 1995. Le client va être confronté à d’anciennes prostituées qui lui diront enfin ce qu’il n’a jamais entendu. Eux qui ne connaissaient qu’un corps silencieux et docile connaîtront la colère de ces femmes et leur vrai discours sur leur travail, qui n’est pas celui de la « prostituée heureuse ». Le client ne peut plus prétendre qu’il ne savait pas. En 1999, après 3 ans d’existence, on ne comptait que 18 récidivistes sur 2181 anciens de l’école. Ce programme est dans la droite ligne de la politique prohibitionniste des Etats-Unis. Conclusion La France demeure encore dans une situation ubuesque face à la prostitution. Elle a adopté la Convention Internationale du 2 décembre 1949 « contre la traite des êtres humains et l’exploitation de la prostitution d’autrui », mais n’a ratifié cette adhésion qu’en 1960. Pourtant elle oscille entre la reconnaissance de la prostitution et sa condamnation :
La prostitution n’est pas une fatalité inévitable dans nos sociétés ; elle n’a pas toujours existé : même de nos jours, elle n’existe pas dans certaines cultures tribales. Elle peut et doit disparaître. Je citerais le Nid : « La disparition de la prostitution n’est pas un rêve ; c’est une utopie. Alors que le rêve relève de l’imagination, l’utopie est un moteur et s’inscrit dans une dynamique d’avenir. » Il faut responsabiliser le client car sans lui l’offre n’existerait pas. Le modèle suédois semble en effet efficace dans un premier temps, tout comme l’exemple américain ; mais cela doit aussi partir d’une politique globale de responsabilisation de la société. On doit pratiquer une éducation non sexiste qui, nous l’avons souligné, concourt à faire perdurer la prostitution. On doit également apprendre le respect de son corps et du corps de l’autre. Il faut donc informer, éduquer et s’engager. merci à Sporenda pour les conseils Notes 1. Florence Montreynaud, le XXeme siècle des femmes, Nathan, 1999. 2. Nadine Plateau, Chronique féministe, n°62, mai-juin 1997. 3. Prostitution et société, n° 105, avril-mai-juin 1994. 4. Sarah Blaffer Hardy, The Woman That Never Evolved. Cambridge ; Harvard University Press, 1981, p. 18. La seule espèce dont le mâle a envers les femelles des comportements qui pourraient être considérés comme une forme de coercition sexuelle sont les orangs-outangs. 5. Susan Vidal-Nacquet, Bulletin de l’enfance maltraitée, Direction de l’action sociale, mai-juin 1994. 5. Prostitution et société, n° 121, avril-mai-juin 1998. 6. Prostitution et société, n° 121, avril-mai-juin 1998. 7. Alexandre Parent-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris considérée sous le rapport de l’hygiène publique, de la morale et de l’administration, Bruxelles, 1837. 8. F.R. Ingold, M. Toussirt, IREP, Le travail sexuel, la Consommation de drogues et le HIV, investigation ethnographique de la prostitution à Paris, 1993. | ||
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