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Si vous nous jugez agressives, nous répondons
avec l’écrivaine Benoîte Groult, l’une des premières
Chiennes de garde et des plus fidèles : Comme son nom l’indique, un chien
ou une chienne de garde a pour fonction de… garder.
(lire la suite) Les Chiennes de
garde ont les machos publics à l'œil et à l’oreille. À bons entendeurs, salut ! texte paru dans Alternatives non-violentes, n°155, «La domination masculine », 2e trim. 2010 Les Chiennes de garde montrent les dents ! Elles aboient pour faire respecter la dignité des femmes, explique Florence Montreynaud, fondatrice du mouvement. La rue est à nous ! Juin 2001. Un samedi après-midi ensoleillé, rue de Rennes, à Paris. Sur le trottoir, devant la vitrine d’un magasin de chaussures, 9 hommes pieds nus piétinent une publicité en proclamant : « Plutôt marcher pieds nus que chaussés de ces chaussures ! » Des femmes distribuent des tracts et engagent la discussion avec les passant-es : sur une demi-page du Monde, une publicité pour la marque Weston montre une chaussure d’homme masquant en partie le corps à demi dénudé d’une femme dans une position suggestive ; pourquoi utiliser une image de prostitution pour donner envie d’acheter des chaussures ? Octobre 2008. Dans les vitrines du magasin d’informatique Surcouf, avenue Daumesnil à Paris, sont exposées des affiches où deux femmes en soutien-gorge, slip et bas noirs, déhanchées et cambrées, encadrent un adolescent en bermuda, l’air niais ; slogan : « Résisterez-vous à autant d’@vantages ? » En effet, manifester, l’un des droits fondamentaux des citoyen-nes dans une démocratie, est aussi l’un des plaisirs de l’engagement féministe. Pour les « dangereuses extrémistes » que sont les Chiennes de garde, cela signifie nous retrouver dans la rue entre féministes pour déployer nos superbes banderoles, notamment celle qui porte notre devise : « Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours » (phrase de Benoîte Groult), arborer nos masques de chienne (le mien est celui d’une caniche blanche), scander des slogans raillant les machos, et chanter des chansons humoristisques. C’est aussi parler avec des passant-es, en faisant un travail politique et pédagogique : expliquer en quoi une publicité sexiste imposée à tous dans l’espace public est une agression (il nous arrive d’agir de même dans le métro, après avoir taggé des affiches), montrer le danger de laisser se banaliser des images de prostitution, encourager une réaction collective, car « l’union fait la force ». Les Chiennes de garde ont ainsi de nombreux succès à leur actif. Mettre les rieurs de son côté est déjà une réussite en France où, comme chacun sait, le ridicule tue. Tel fut le cas le 11 janvier 2008 quand nous avons manifesté devant le siège du Nouvel Observateur pour défendre la mémoire de Simone de Beauvoir : c’était le centenaire de sa naissance, et le magazine, longtemps engagé à gauche, avait cru bon de la représenter sur la couverture, nue et de dos. Les fesses (retouchées) d’une philosophe : comment mieux célébrer une pensée féministe dénonçant la femme-objet ! *** Chaque année, La Meute décerne un prix à la publicité la plus sexiste (jusqu'en 2009), et les Chiennes de garde désignent le Macho de l'année, choisi pour une déclaration publique particulièrement sexiste. Mentionner qu’elles doivent avoir « quelque chose dans la tête », si le droit à l’instruction et à la formation n’était pas l’un des plus difficiles à exercer pour les femmes ! Si les deux tiers des analphabètes du monde sont des filles et des femmes, n’est-ce pas parce que le savoir donne accès au pouvoir, et que partout dans le monde le pouvoir se conjugue au masculin ? L’Église catholique en est un parangon, avec sa hiérarchie exclusivement masculine ! La réponse — remplie d’excuses et de regrets — du cardinal-archevêque à notre lettre lui annonçant son prix nous semble digne de foi : nous imaginons sans peine combien il a dû être désolé d’être le premier « Macho de l'année » des Chiennes de garde ! *** Inventives et joyeuses, les féministes ! Comment quelques personnes engagées — le féminisme n’a jamais été un mouvement de masse — pourraient-elles faire entendre leur demande de justice et de respect, alors que les idées reçues machistes sont si fortement ancrées dans les mentalités, depuis les prétendus « besoins sexuels » masculins qui justifieraient la prostitution, jusqu’à l’aptitude « naturellement » féminine à bien faire le ménage ! En moins de deux siècles, le travail persévérant et non-violent des féministes a abouti à réformer en profondeur le droit français dans le sens de l’égalité des sexes. Pensez que jusqu’en 1946 il était légal de procéder à un abattement de 10 % pour « salaire féminin » ! Les dernières inégalités ont disparu… des textes, car il reste un détail à régler : faire appliquer les lois, par exemple celle sur l’égalité des salaires. Au train où changent les mentalités, il faudra encore quelques siècles. D’où l’urgence de continuer à inventer ! Nommer les problèmes, c’est les révéler : en près de deux siècles, depuis la demande du droit de vote jusqu’à la dénonciation de la violence conjugale masculine et du harcèlement sexuel, les féministes ont désigné ce qui était jusque là caché ou passé sous silence, pour le plus grand profit de la domination masculine. *** Les machos sont des tigres de papier Et la violence symbolique ? Réclamer avec humour qu’on respecte la dignité des femmes, réagir au sexisme dans les mots (insultes) et les images (publicités) par des manifestations de rue alliant le spectaculaire à la pédagogie, demander des excuses aux insulteurs : telles sont les méthodes des Chiennes de garde qui, en quelques années — le mouvement a été lancé le 8 mars 1999 —, ont contribué à un certain changement des mentalités en ridiculisant des machos. En onze ans, les Chiennes de garde ont lancé une quarantaine d’actions de soutien à des femmes insultées publiquement de manière machiste, et autant d’actions contre des publicités sexistes. Ma réflexion d’historienne et mon action de féministe engagée depuis 1971 m’inspirent trois convictions : Nous, féministes, rêvons d’un monde meilleur, plus juste, un monde dans lequel l’utopie républicaine serait réalisée, celle qu’annonce la devise liberté égalité fraternité. Toutefois, pour éviter de laisser les hommes entre eux, ce que semble impliquer le mot « fraternité » (qui se réfère à la fraternité d’armes), j’ai proposé un mot qui intégrerait les femmes : « adelphité », formé sur la racine grecque adelph qui a donné les mots grecs signifiant « sœur » et « frère ». Liberté égalité adelphité : un nouvel idéal pour un monde de paix, un monde plus serein…
Nous, Chiennes de garde, nous gardons une valeur précieuse : la dignité des femmes. Nous montrons les crocs à ceux qui attaquent publiquement une femme, nous donnons l’alerte à pleine voix et nous témoignons notre solidarité à des femmes insultées. Nous avons la pêche, nous sommes libres de nos mots et de nos mouvements. Agressives ? Après tout, pourquoi pas ? Les femmes sont restées si longtemps sur la défensive :
il est temps d’assumer l’agressivité que
nous refoulons et de l’exprimer, mais non dans Nous disons NON à la violence
machiste. Pourquoi donc faudrait-il « tuer » la violence en nous ? Elle se trouve en chaque être humain. Nous avons tous des désirs, des instincts, des révoltes : autant de violences possibles, que nous exprimons, A-t-on jamais taxé d’agressivité
les membres de la Ligue des droits de l’homme ou les militants d’associations qui
luttent contre le racisme Nous, Chiennes de garde, nous montrons les crocs, pour impressionner les machos, pour nous faire respecter, pour défendre des femmes insultées. ATTENTION ! Grrrrrrrrrrr… ! Nous pourrions faire mal si nous étions très en colère, si nous ne nous contrôlions plus. Imaginez qu’il existe des Chiennes enragées, très dangereuses. Imaginez qu’elles
soient dirigées par une terrrrible cheffe de meute, qui décide de s’attaquer
aux machos criminels, ceux qui battent, qui violent, qui tuent des
femmes, des faibles. Imaginez qu’elle lance son horrrrible
cri de guerre : « Sus aux machos ! STOP ! C’était un cauchemar. Revenons aux Chiennes
de garde, si pacifiques ! Ouf ! Nous ne sommes pas des Chiennes méchantes, mais nous ne sommes pas non plus de braves chiennes bien gentilles, qu’on fait rentrer à la niche avec un susucre. Nous
disons :
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